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REVUE DE PSYCHIATRIE

Mythologie

Le complexe de Médée

Lecture
samedi 8 février 2003.
 
Le complexe de Médée. Quand une mère prive le père de ses enfants. Alain Depaulis.

MYTHOLOGIE

Médée revisitée

Le complexe de Medee / Psythère La figure mythologique de Médée, en proie à une censure séculaire, n’avait pas donné lieu à un travail orienté par une approche psychanalytique d’envergure. C’est chose faite avec le dernier livre d’Alain Depaulis, psychanalyste de l’Ecole freudienne, qui repère cette figure princeps dans les registres divers de la criminologie, de la clinique infantile et des affaires familiales. Il y est à chaque fois question d’une femme, abandonnée par son mari, réduisant ses enfants à un objet de vengeance « dans le désir inconscient de châtrer » le père, « en lui retirant l’objet de son désir, motif de sa fierté. Cela en écho à sa propre castration inassumée, c’est-à-dire l’impossibilité de s’assumer comme femme ». En toile de fond destinale de ces histoires, le meurtre réel, imaginaire ou symbolique de l’enfant, qui, tel chez Euripide ne nommant jamais les enfants de Médée, n’est pas pour la mère un sujet à part entière mais un simple objet de jouissance. Après avoir mis en relief les différentes versions du mythe de Médée, celle d’Ovide, d’Euripide, de La Peruse, de Sénèque, de Corneille mais aussi de Pasolini et de Jean Anouilh, il montre la série de transformations opérées sur la version d’Euripide, pour le compte de la censure, à chacune des époques. A. Depaulis, après cette exposition des versions littéraires du mythe, nous offre plusieurs vignettes cliniques illustrant la thématique de l’infanticide, peu importe qu’il soit « réel ». Enfin, il conceptualise par le biais de la théorisation lacanienne ce qu’il appelle le complexe médéïque, montrant comment ce dernier questionne la féminité et les difficultés de passage au maternel, en relation avec la problématique de la castration d’un côté, et celle du rapport à la Chose, das Ding, de l’autre. Féminité interrogée également au niveau des coordonnées paternelles et maternelles, où l’importance d’un manque d’assise identificatoire du sujet fille par rapport au legs maternel joue un rôle majeur fragilisant le narcissisme du sujet et le poussant à chercher, selon l’expression de Daniel Lagache, une « complémentarité symétrique » dans l’époux placé dans une position de garant d’une identité enfin (re)trouvée. L’élu sera donc investi comme celui qui, substitut d’un père ambivalent, va pouvoir soutenir l’identification féminine du sujet. Et lorsque l’homme s’en va, la haine va se libérer, emportant tout sur son passage : père, enfant, mais aussi forcément le propre père du sujet, révélant le « ravage » du face-à-face mère-fille. Un bel ouvrage.

Lydie Fraisse
02 03

Le complexe de Médée . Quand une mère prive le père de ses enfants. Alain Depaulis. De Boeck Université, 2002. 177 pages.



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