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REVUE DE PSYCHIATRIE

Psychanalyse

La problématique de l’altruisme

Une relecture et cinq catégories
dimanche 13 octobre 2002.
 
Ceux qui utilisent ces formes de défenses altruistes sont plus des altruistes masochistes que des altruistes "normaux"
Psychanalyse
La problématique de l’altruisme

Faisant le constat d’une certaine indigence de la littérature analytique sur la problématique de l’altruisme, B.J. Sellig et L.S. Rosof, à la lumière d’un éclairage sociobiologique, proposent de prendre quelques distances avec la notion annafreudienne de " soumission altruiste " décrivant essentiellement les éléments psychodynamiques du comportement altruiste de sujets névrosés et inhibés et qui mettait l’accent sur les propensions masochiques sous jacentes. Ce modèle a fini par faire considérer toute conduite altruiste à travers le prisme du masochisme. Les auteurs reconsidèrent donc la problématique altruiste, et l’abordent en la diffractant en cinq catégories et en illustrant leur approche à l’aide de plusieurs vignettes cliniques. La première catégorie, le protoaltruisme - qui s’illustre notamment dans l’altruisme maternel - reprend les éléments tirés de l’approche évolutionnaire qui montre que le comportement animal n’est pas dénué de conduite auto-sacrificielle et s’intègre au modèle darwinien de sélection des espèces ; il a donc une base biologique et instinctuelle au service de la préservation de l’espèce. La seconde, l’altruisme génératif selon Erikson (1964) ou la capacité à expérimenter un plaisir a-conflictuel à prodiguer du bien-être ou du plaisir à un tiers, coexiste avec le premier, et peut être considéré comme relevant d’une fonction du moi autonome. La troisième, l’altruisme conflictuel, de nature pathologique, relève soit d’un altruisme génératif qui finit par devenir conflictuel, soit d’une origine purement conflictuelle  ; ses buts restent adaptatifs même s’ils servent des finalités défensives. La notion d’Anna Freud de " soumission altruiste " est un concept vague qui inclut les éléments de cet altruisme conflictuel. La quatrième, le pseudoaltruisme est une modalité d’altruisme qui restreint les capacités de satisfaire les motions libidinales et agressives. On trouve dans cette catégorie des personnes présentant des pathologies narcissiques et masochiques, et qui, compulsivement, se sacrifient pour l’autre, se défendant de leur propre agressivité, de leur envie et du besoin de contrôle de l’objet. Enfin, la cinquième catégorie, l’altruisme psychotique, dans les structures de personnalité psychotique, où les idées délirantes guident un altruisme auto-sacrificiel, et teinté de bizarrerie. L’altruisme " normal " est complexe et peut être conflictualisé, il regroupe donc surtout la seconde et la troisième catégorie. Sa spécificité est qu’il permet des satisfactions sublimées des motions libidinales et agressives. Les défenses altruistes décrites par Vaillant et Anna Freud (1946) forment un ensemble de formations de compromis névrotiques conduisant à des comportements altruistes. Ceux qui utilisent ces formes de défenses altruistes sont plus des altruistes masochistes que des altruistes " normaux " ; ils sont moins capables d’obtenir des satisfactions directes et doivent donc s’appuyer sur les autres pour satisfaire leur besoin d’empathie.

Lydie Fraisse
Octobre 2002

Seelig BJ, Rosof LS. Normal and pathological altruism.
J Am Psychoanal Assoc 2002 ;49,3:933-59.
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