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REVUE DE PSYCHIATRIE

PSYCHANALYSE

Comment se sortir des espiègleries freudiennes ?

Ou commment liquider le transfert à Freud ?
mardi 28 février 2006.
 
"L’âge de raison de la psychanalyse consisterait peut-être à ce que ses protagonistes comprennent l’aliénation au Père dans laquelle ils se trouvent et que dans un sursaut de dignité, ils s’intéressent enfin à la psychanalyse, je veux dire aux textes fondateurs mais aussi à leur capacité à s’en affranchir pour pouvoir espérer penser (un petit peu) par eux-mêmes" (Christian JEANCLAUDE).

Préambule

Il ne faut pas perdre de vue que Freud était un fin stratège, et ceci en vue d’implanter la psychanalyse en tant que discipline autonome et non pas comme prolongement d’une autre discipline. C’est ainsi qu’il affirme avec force que la Weltanschauung (approche du monde) analytique est singulière et originale.

Il se sert bien évidemment des apports de la psychiatrie de l’époque (Charcot par exemple) puisqu’il est médecin (neurologue... Freud n’a jamais été psychiatre), mais sa métapsychologie s’élabore essentiellement à partir de la clinique analytique qui émerge au cours de la technique qu’il a inventé (associations libres, divan-fauteuil, etc.) à la suite de l’épisode Breuer. Donc Freud cherche rapidement à émanciper la psychanalyse en la sortant du champ de la médecine (pour éviter qu’elle devienne une simple discipline médicale), en s’opposant à des vues psychologiques qui se perdaient dans une sémiologie, qui bien que brillante, ne permettaient pas de dégager des entités nosographiques bien claires (par exemple la nébuleuse « psychasthénie » de Janet est difficilement exploitable) et surtout pas en termes psychodynamiques, tout comme il refusera toujours de se faire récupérer par d’autres domaines (voir par exemple l’épisode André Breton en ce qui concerne le surréalisme). Dès le début, Freud vise à offrir un système global du fonctionnement de l’appareil psychique indépendamment de toute psychopathologie. La psychopathologie n’a d’intérêt pour lui qu’en tant que mise en évidence des mécanismes psychiques qui sont « en veilleuse » chez le sujet normal.

Freud élabore une stratégie pour enraciner la psychanalyse

Il a par ailleurs un autre souci en liaison avec l’antisémitisme ambiant de la Vienne de l’époque : ôter à la psychanalyse le label de "science juive" utilisé par de nombreux détracteurs pour tenter de ravaler la psychanalyse à une idéologie « malsaine » produite par un membre d’une communauté considérée comme « malsaine » par la bonne bourgeoisie chrétienne viennoise.

Freud tente d’atteindre ses buts (affirmer la psychanalyse comme discipline affranchie de toute autre et en faire une discipline universelle totalement détachée de toute appartenance idéologique) en ouvrant très largement ses bras à un non-juif dont il voudrait faire son héritier (Jung qui n’était d’ailleurs pas n’importe quel non-juif, puisque fils de pasteur protestant) et en autorisant la pratique de la psychanalyse aux non-médecins (Sachs qui fut très proche de Freud, Reik qui fut le premier à être menacé - déjà ! - d’un procès à Vienne pour exercice illégal de la médecine et eut bien des ennuis aux Etats-Unis avec les instances médicales lorsqu’il regroupa les analystes non-médecins en une association, la National Psychological Association for Psychoanalysis). La menace de procès contre Reik incita Freud à prendre position quant à l’exercice de la psychanalyse par des non-médecins et donna lieu en 1926 au célèbre texte La question de l’analyse profane.

Et voilà que cette problématique (la question de la spécificité de la psychanalyse et corrélativement celle de la psychanalyse laïque 1) resurgit maintenant en France comme un diable de sa boite, réactivée par le législateur (l’amendement Accoyer)2 . Outre le fait que cette question est d’actualité en Europe depuis maintenant plus de 15 ans, outre que cette question est vive en France depuis une bonne dizaine d’années, outre que cette question fut brûlante, déjà du temps de Freud, aux Etats-Unis et fut tranchée dès les années 50 (la psychanalyse sera médicale) avec les conséquences que l’on connaît (« psychanalyse » devenue une technique pour adapter le sujet à l’idéologie dominante, « psychanalyse-étalon » servant de référence à l’évaluateur en santé mentale), il me paraît pertinent de se référer au processus même du refoulement ainsi qu’aux mécanismes de la formation de symptôme pour éclairer ce retour brutal sur la scène public d’un « nœud » consubstantiel à la naissance de la psychanalyse. Donc rien ne s’est éteint et seule l’amnésie collective des psychanalystes maintenait l’illusion que la psychanalyse avait trouvé son habitus au sein de la cité. Au-delà d’une stratégie politique de la part de Freud pour espérer asseoir la psychanalyse, je crois qu’il faudrait tenter d’interroger ce qui pouvait le motiver dans ses coulisses à lui (Ics).

Freud est un scientifique

Freud le neurologue va, suivant la pente de son désir, inventer la psychanalyse, discipline qui pourrait paraître « insensée » pour un rationaliste tel que lui. Discipline qui s’acharne à tenter de rendre intelligible « scientifiquement » ce que Freud appelait l’appareil animique (le mot psychismus est rarissime dans l’œuvre freudienne, alors que le signifiant « âme » - die Seele - est couramment usité pour désigner le psychisme). « Qu’est-ce qui lui a pris ? » comme on dit d’une personne qui subitement dérape et fait des choix étonnants. D’où venait cet orage subi et inattendu dans le ciel serein de sa rationalité scientifique ? Ce rigoureux scientifique travaillât d’abord en neurophysiologie (travaux d’histologie sur les neurones de la lamproie et de l’écrevisse de 1876 à 1882 à l’Institut de Physiologie de Vienne chez Brücke), puis dans le service de neurologie de Meynert qui était un des plus purs représentants de la psychiatrie organiciste (il était « associationniste » et pensait que l’organisation fine des cellules nerveuses, formes, positions, associations des fibres, était l’expression visible de processus psychologiques) ou il publia des observations de cas sur certaines maladies organiques du système nerveux (paralysie infantile).

Personne, dit Freud quand il parle de ses années de formation de neurologue, ne connaissait le domaine des maladies nerveuses et lui-même était particulièrement ignorant. Il n’avait encore aucune idée sur les névroses et rapporte une anecdote édifiante. Il raconte que sa réputation pour la fiabilité de ses diagnostics avait attiré à lui des médecins américains ; au cours d’une de ses présentations, il interprète le mal de tête d’une de ses malades névrosées comme une méningite chronique circonscrite, ce qui souleva une vague d’indignation parmi les auditeurs (les Américains avaient alors une longueur d’avance sur les Européens grâce à Georges Beard, 1839-1883, qui était « l’inventeur », en 1879, de la neurasthénie). Freud ajoute avec philosophie que cet incident mit fin à sa précoce carrière d’enseignant, mais qu’il était excusable dans la mesure où couramment, à Vienne, même chez les médecins les plus réputés, on considérait la neurasthénie comme une conséquence d’une tumeur cérébrale (sic). Donc pourquoi tous ces chemins de traverse qu’il emprunta l’amenèrent à la psychanalyse ? Il existe déjà une réponse partielle, à savoir que Freud au cours de la période préanalytique ne s’intéressait pas à la médecine en tant que telle mais comme matériel en vue de recherches fondamentales (voir ses publications de cette période). Donc, il s’intéressait aux causes du visible : bref Freud était tarabusté par le « comment ça marche » des enfants ; il était un chercheur dans l’âme avant de devenir un chercheur de l’âme. Par ailleurs, le désir de guérir les autres ne semblait pas être sa préoccupation majeure. Les historiens ont montré qu’il était un thérapeute d’une efficience toute relative et que les psychanalyses qu’il a menées ne semblent pas avoir apporté la guérison légitimement attendue de ceux qui l’ont consulté, voire même qu’il fut responsable de quelques catastrophes thérapeutiques (dont celle célèbre de Sergueï Pankejeff - alias l’Homme aux Loups ou l’affaire Emma Eckstein particulièrement lamentable). Outre de probables erreurs d’appréciation quant à la gravité des cas, le fait que pour Freud les analysants représentent d’abord pour lui du matériel pour alimenter sa réflexion n’étaient pas pour permettre à ces personnes de s’y retrouver, bien au contraire.

Parallèlement imperméable à la métaphysique (il se dit constitutionnellement incapable de s’intéresser à la philosophie en parlant plus particulièrement de Schopenhauer, lorsqu’on le soupçonne d’avoir « piqué » sa notion d’inconscient chez ce grand philosophe ; la philosophie le rebute surtout parce qu’elle propose des systèmes globaux et fermés d’explication obstruant toute relance de l’interrogation), il va s’acharner avec ses outils scientifiques, au tout début de la psychanalyse, en écrivant l’Esquisse d’une psychologie scientifique (Entwurf einer Psychologie, 1895) à tenter de relier la psychologie et la physiologie du cerveau en élaborant une théorie sensée rendre compte de la perception, de la mémoire, de la pensée et de l’affectivité. Ce projet impossible sera abandonné mais contient déjà plusieurs des fondements de sa métapsychologie, dont les bases mêmes des mécanismes de l’inconscient développés dans chapitre VII de l’Interprétation des rêves (1900). Donc Freud est chercheur et scientifique, voire scientifique positiviste, même encore au début de la psychanalyse.

Freud est très ambitieux

En 1882, sur les conseils de Brücke, Freud abandonne la recherche fondamen¬tale pour des questions financières et il entre à l’Hôpital Général de Vienne comme praticien où il y travaille dans divers services jusqu’en 1885 (Nothnagel, grand interniste de l’Ecole de médecine de Vienne, Meynert dont j’ai parlé plus haut). Puis en 1885, soutenu par Brücke, et grâce à ses nombreux travaux de recherche, il est nommé Privatdocent (Chargé de cours) en neuropathologie. Le prestige de cette nomination ainsi que son cursus de chercheur déjà important semblent lui assurer un avenir universitaire enfin rectiligne et une clientèle privée conforta¬ble. Mais, et c’est peut-être à ce moment qu’intervient la rupture de Freud avec son parcours, ce qui s’élaborait au fond de lui est précipité par une bourse confortable qu’il obtient grâce à l’appui de Brücke et une recommandation de Moritz Benedikt, médecin-chef en médecine interne à l’Hôpital de Vienne (intéressé par l’hyp¬notisme et le traitement des névroses), ami de Charcot, pour partir à Paris suivre les cours de ce dernier. Mais avant « l’épisode parisien » de Freud, il y a la « période de la cocaïne » pendant laquelle (1884-1885) il s’intéressa à cette substance, peu connue à l’époque. Il en prit lui-même, et avec l’en¬thousiasme qui le caractéri¬sait, il crut avoir trouvé un remède miracle à de nombreux maux. Un de ses amis, l’ophtalmologiste C. Koller, à qui il avait parlé de ses travaux, découvre les vertus anesthésiantes de la cocaïne sur l’œil, ce qui eut un grand retentissement pour la chirurgie oculaire. Freud dira que cette découverte, à laquelle il avait pensé, eut lieu alors qu’il rendait visite à sa fiancée (donc pendant son absence de Vienne) après deux ans de séparation... mais qu’il ne lui en voulait pas d’avoir raté cette occasion !
Cet épisode trahit l’énorme ambition du jeune Freud impétueux
à qui il n’aurait pas déplu de tirer à lui une notoriété liée à la découverte de Koller. Cette ambition et ses lamentations auprès de sa fiancée Martha au sujet de son manque de génie, voire de son manque de talent, de la célébrité qu’il n’atteindra jamais, etc... viennent en négatif rappeler avec insistance à quel point cette ambition l’habitait. Donc Freud est chercheur, scientifique et pétri d’une ambition considérable.

Freud trouve son territoire où il pourra exercer ses talents de chercheur et réaliser son ambition : celui, très indigent à l’époque, de la connaissance des névroses

Auprès de Charcot d’octobre 1885 à février 1886. Freud assiste avec enthousiasme aux leçons du maître français et découvre, non pas sans quelques réticences au début, les conceptions révolutionnaires sur l’hystérie de l’Ecole de la Salpêtrière. De retour en Autriche, en présentant son compte rendu sur les conceptions de Charcot, en particulier sur l’hystérie masculine, à la « Société des médecins » de Vienne, il se fait très mal recevoir. Il rapporte ces événements ainsi : « Mon impression que les gran¬des autorités avaient rejeté mes nouveautés n’en fut pas ébranlée ; avec mon hystérie masculine et ma production de paralysies hystériques par la suggestion, je me trouvai repoussé dans l’opposition. Lorsque peu de temps après on me ferma l’accès du laboratoire d’anatomie cérébrale et que, pendant plusieurs semestres, je n’eus pas de local dans lequel je pusse faire mon cours, je me retirai de la vie universitaire et associative. »3 Il ouvre alors son cabinet médical privé en avril 1886 au fameux 19, Berggasse.

Selon son propre aveu, il ne fut pas très productif en publications scientifiques de 1886 à 1891, préoccupé qu’il était de se faire une clientèle. Mais écoutons-le parler de ses débuts dans la pratique médicale privée : « Si l’on voulait vivre du traitement des névropathes, il fallait pouvoir leur fournir une aide visible. Mon arsenal thérapeutique ne com¬portait que deux armes : l’électrothérapie et l’hypnose, car envoyer quelqu’un dans un établissement d’hydrothérapie au terme d’une unique consultation n’était pas une source de revenus suffisante. Pour l’électrothérapie, je m’en remettais au manuel de W. Erb... Je dus malheureusement faire bientôt l’expérience que s’en tenir à ces prescriptions n’avançait jamais à rien, que ce que j’avais considéré comme la cristallisation d’une observation exacte n’était qu’une construction fan¬tasti¬que. M’apercevoir ainsi que l’œuvre du premier nom de la neuropathologie allemande n’avait pas plus de rapport avec la réalité que par exemple un livre d’oniromancie " égyptien ", tel qu’on en vend dans nos librairies populaires, fut une expérience douloureuse, mais elle m’aida à démolir un nouveau pan de ma croyance naïve à l’autorité dont je n’étais pas encore débarrassé. C’est ainsi que je mis au rebut l’appareil électrique,.."4.
Donc Freud prend conscience de son ignorance tant du point de vue étiologique (voir son erreur grossière de diagnostic que je décris plus haut) que du point de vue thérapeutique. Il comprend aussi l’ignorance générale concernant les névroses : un champ immense de l’activité psychique est un gouffre d’ignorance en cette fin du XIXe siècle.
A l’intersection, chez Freud, entre :

  1. son insatiable curiosité scientifique,
  2. son ambition dévorante,
  3. un domaine, celui des névroses, où tout est à faire, se situe probablement le point nodal, les conditions préalables, d’où va s’élaborer l’invention de la psychanalyse.
A ces facteurs symptomatiques et environnementaux, il paraît intéressant d’y tricoter des aspects plus intimes de Freud. Je pense très spécifiquement à sa problématique au père - ce vieux père « libidineux » et « collectionneur » d’épouses et à la mère évidemment, caractérisée chez Freud - lui le Sigi en or de sa belle et jeune maman - par un silence assourdissant que l’on pourrait traduire par « la mère ? quelle mère ? elle était parfaite, voilà tout ! ». Outre que cette problématique a totalement influencé l’élaboration du concept du complexe de castration, donc le centre de gravité de la métapsychologie psychanalytique, je pense ici plus spécifiquement à ses options « politiques » pour implanter la psychanalyse dans le champ social. Donc, Freud commence à chercher une solution aux névroses. Cette solution passe d’abord par des essais thérapeutiques.
Après les tentatives calamiteuses de l’électrothérapie, à la suite de ses observations faites chez Charcot, et aussi parce qu’elle commençait à avoir une certaine popularité, Freud se mit à pratiquer l’hypnose. Il était encore très « classique » dans son exercice et se contentait, pendant que le patient était allongé et hypnotisé, de lui suggérer des conduites avec l’espoir de faire disparaître le symptôme névrotique. Il pratiquait donc la suggestion hypnotique. A la suite de nombreuses rechutes parmi ses malades, Freud ira à Nancy pendant l’été 1889 pour se perfectionner chez Bernheim et Liébeault.
Parallèlement à sa pratique hypnotique par suggestion, il prend connaissance d’une utilisation particulière de l’hypnose par son ami Breuer.
Cette rencontre Freud-Breuer sera inaugurale de la naissance de la psychanalyse.

Mais avant d’aller plus avant dans ce survol de la genèse de la psychanalyse, il est intéressant de signaler que, parallèlement aux élaborations psychanalytiques, Freud continue à écrire des articles de neurologie infantile jusqu’en 1897 (travaux critiques sur l’aphasie et étude des paralysies cérébrales infantiles). Freud publiera une quarantaine d’articles qui n’auront aucun rapport direct avec la psychanalyse, de 1877 (sa première publication en histologie) à 1897 (sa dernière publication en anatomo-histologie). Donc, Freud, en quelque sorte, assure ses arrières, en restant pendant longtemps (il avait 41 ans en 1897) dans la droite ligne de l’université. Signe de prudence intéressant de relever pour sa future conduite des affaires de la psychanalyse. Freud devra ainsi composer avec son ambition et son sens aiguë de la réalité.

L’essai se transforme : naissance de la psychanalyse

Que découvre Breuer ? De décembre 1880 à juin 1882, il soigne une jeune patiente, désormais célèbre, Anna O, qui souffre d’hystérie (il s’agit de Bertha Pappenheim, 1860-1936, issue de la riche bourgeoisie juive viennoise, qui jouera un rôle dans les mouvements de libération de la femme). L’historiographie officielle (essentiellement à partir de la biographie de Freud écrite par Ernest Jones 5 ) considère que Breuer inventa la méthode cathartique avec cette patiente. Ce récit officiel, érigé au rang de mythe fondateur de la psychanalyse, raconte qu’à sa patiente hypnotisée, Breuer lui demande de dire ce qui l’oppresse. Lorsque la malade se libère ainsi des affects qui la tourmentent, Breuer observe que les symptômes hystériques disparaissent. Progressivement, il aurait alors établi la relation que les affects générateurs de troubles étaient liés à des événements qui auraient eu lieu au moment de l’apparition du symptôme. Donc celui-ci ap¬paraîtrait lorsqu’une pensée et/ou une impulsion associées à un événement seraient réprimées : le symptôme représenterait par remplacement l’affect enfoui antérieurement. Toujours dans cet esprit de l’historiographie officielle, la communauté analytique considéra, jusque vers les années 1980, que Freud, avant son départ à Paris, en 1886, fut mis au courant par Breuer de son cas et de sa méthode ; Freud dit avoir eu le sentiment que le compte rendu de son ami et collègue contenait des informations qui avaient de quoi faire avancer la connaissance sur l’hystérie. Il mit plusieurs années avant d’appliquer la méthode de Breuer (environ de 1886 à 1889). Le voyage de Freud à Nancy l’incita alors à utiliser plus régulièrement la méthode cathartique. (Breuer ne l’utilisa qu’une seule fois et ne rendit pas publique sa découverte ; Freud pensera élucider cette énigme plus tard, à partir d’hypothèses analytiques qui furent très vite considérées comme des réalités historiques ; nous verrons que la véritable histoire de Anna O. n’a pas grand chose à voir avec la version mythique qui fut véhiculée pendant près d’un siècle.) Freud propose alors à Breuer de faire une publication sur ce sujet. Malgré les réticences de Breuer (nous verrons pourquoi), une première publication fut écrite en 1893 sous le titre de Les mécanismes psychiques des phénomènes hystériques : communication préliminaire. Mais le livre qui devint célèbre suivit en 1895, toujours en collaboration avec Breuer : il s’agit des fameuses Etudes sur l’hystérie, ouvrage considéré comme le fondement des notions fondamentales de la future psychanalyse (esquisse de la formation de symptôme comme processus substitutif de l’affect réprimé, esquisse des rapports entre conscient et inconscient, défi¬nition de la conversion hystérique comme résultat d’une énergie qui normale¬ment aurait été utilisée à l’expression de l’affect responsable du symptôme, début de la technique des associations libres, évocation des notions de résistance et de défense, élaboration de la notion de séduction comme étiologie sexuelle). Face aux critiques virulentes que connut l’ouvrage commun de Breuer et Freud, le premier commença à prendre ses distances vis-à-vis du fondateur de la psychanalyse. Freud, en continuant à appliquer la méthode cathartique, se trouve face une révé¬lation à laquelle, dit-il, il ne s’attendait pas du tout, à savoir qu’en arrière-plan de toute névrose se profilent des affects qui ont un rapport avec la sexualité actuelle ou passée de la personne. Donc l’étiologie sexuelle des névroses serait univer¬selle. Toutes ses observations cliniques l’amènent à écrire, entre 1894 et 1896, cinq autres articles 6 qui viennent compléter ses travaux sur l’hystérie. Il y développe des concepts fondamentaux tels que celui de défense devant des éléments inconscients inacceptables pour le moi ; il approfondit le concept de re¬foulement ; et surtout, il étend la notion d’étiologie sexuelle des névroses aux obsessions, aux phobies, et à certaines psychoses hallucinatoires. Cette généralisation de l’origine sexuelle pour tous les troubles psychopathologiques montre que la pierre angulaire de la psychanalyse était dorénavant posée.

Freud veut aller vite pour enraciner la psychanalyse : il doit « inventer » sa théorie à partir de cas cliniques et... accessoirement « inventer » sa légende de fondateur

Ainsi Freud va très vite. Cette rapidité à poser les bases fondamentales de la psychanalyse doit être soulignée car, si elle rend indéniablement compte du génie freudien, elle peut aussi peut-être éclairer les lourds reproches que certains « démolisseurs » 7 actuels utilisent ad nauséam pour démontrer la nuisance de la psychanalyse, à savoir que les cas cliniques présentés par Freud sont des constructions mensongères pour démontrer ses thèses. Il est vrai que Freud en détruisant beaucoup de ses documents et en ayant demandé à ses légataires de bloquer de nombreuses archives jusqu’aux environs de 2100 a tout fait pour induire une suspicion. Lui-même avait d’ailleurs imaginé le désarroi probable de ses biographes non sans une certaine jouissance. Cette espièglerie freudienne ajoutée au fait que lui-même déjà s’était mis à se construire une hagiographie (le fameux splendide isolement, son image de chercheur maudit et aux prises permanentes avec des problèmes d’argent, etc.) n’a pas arrangé la méfiance à son égard. Cette rapidité était une nécessité. Freud voulait instaurer la psychanalyse de son vivant et pour poser rapidement les bases, il fut en quelque sorte dans l’obligation de mentir vrai. Effectivement, ses cas cliniques, on le sait maintenant, sont des montages, pas tant peut-être dans l’observation clinique que dans les résultats thérapeutiques prétendus nécessaires à la démonstration de l’efficience de la méthode de causalité psychique propre à la psychanalyse (que débusquer l’origine infantile du trauma sexuel « guérisse » le sujet est la démonstration a posteriori de la pertinence de l’hypothèse sexuelle de l’étiologie des névroses).

Ainsi une dizaine d’années environ (1886-1896) auront été la période nécessaire à Freud pour poser les bases de la psychanalyse alors que la dénomination de cette discipline n’existait pas encore : il avait alors 40 ans. 1896 signera l’abandon de l’hypnose pour la technique des associations libres ; ce sera l’année où le terme de psychanalyse sera employé pour la première fois ; Freud perdra en même temps son père (au mois d’octobre) et l’amitié de Breuer ; enfin, il abandonnera définitivement ses intérêts pour la neurologie et il consacrera toute son énergie à l’approfondissement de ses découvertes psychanalytiques.

Voyons en quelques mots la réalité historique 8 du cas Anna O. dévoilée qu’en 1972 par le Montréalais Henri Frédéric Ellenberger, psychiatre, psychanalyste et historien de la psychanalyse, puis par Albrecht Hirschmüller en 1978, biographe de Breuer, qui publia pour la première fois le rapport exact de Breuer sur sa patiente Bertha Pappenheim. Il ressort de ces études historiques que Bertha Pappenheim ne fut jamais exclusivement traitée par la méthode cathartique mais beaucoup plus par l’hypnose et l’adjonction de médicaments tels la morphine et le chloral pour soulager la patiente de ses névralgies faciales. Breuer ne prétend pas avoir guéri Anna O., ne mentionne pas les termes de catharsis, ni d’abréaction, et émet même des doutes sur le diagnostic d’hystérie. Abusant de morphine, elle devint même morphinomane, et ce n’est que plus tard qu’elle retrouva un relatif équilibre en dehors de toute intervention médicale. Si Breuer pratiqua sporadiquement la cure par la parole et le ramonage de cheminée (talking cure et chimmey sweeping, termes de Bertha Pappenheim), il ne prétendit aucunement l’avoir guérie ainsi, tout au plus avoir noté quelques régressions symptomatiques. Déjà Ernst Jones en 1953 et toujours Ellenberger ont révélé que Bertha Pappenheim a été ré-hospitalisée après sa thérapie avec Breuer en octobre 1882 puis qu’elle a fait plusieurs séjours en maison de santé. En fait, elle allait mieux que dix ans plus tard. Les fameuses réticences de Breuer pour la publication, en tout cas vers les années 1885, de ce cas se comprennent mieux compte tenu du succès plus que douteux de sa méthode cathartique. Il attendit 1893 avant de donner son accord à Freud pour que cette histoire s’efface dans la mémoire de trop de personnes au courant à Vienne et qu’il se décide donc à publier. Quant à l’histoire de la grossesse nerveuse de Bertha Pappenheim, elle semble vraie, mais pour des raisons différentes de la version officielle (amour transférentiel). En effet, il semblerait que Mathilde, l’épouse de Breuer, ne supportant pas l’intérêt de son mari pour sa patiente Anna O., tomba malade vers la fin du traitement de celle-ci. En fait, elle tenta de se suicider, ce qui précipita Bertha Pappenheim dans son fan¬tasme de grossesse et entraîna une rechute de toute sa symptomatologie (ce qui n’enlève rien à l’hypothèse de l’amour transférentiel). Breuer, face à cette situation catastrophique pour son mariage, arrêta le traitement. Donc, il n’a pas fui sa patiente par peur de son transfert sexuel comme le prétend Freud dans sa version officielle de la naissance de la psychanalyse, mais plus simplement parce que son mariage était menacé par la cure d’Anna O. Ces informations viennent essentiellement de Freud lui-même dans sa correspondance à Martha Bernays, encore sa fiancée, ainsi que de confidences qu’il fit plus tard à Marie Bonaparte. Il faut préciser que les propos de Freud à Martha au sujet de Bertha Pappenheim se justifiaient car les deux jeunes femmes étaient des amies. Ainsi, dans une lettre du 31 octobre 1883 à Martha, Freud explique que Bertha se remet de sa morphinomanie, et met sa fiancée dans la confidence en expliquant que Breuer a dû arrêter le traitement car son épouse était tombée malade, menaçant ainsi leur mariage.

Que penser de ce hiatus entre l’historiographie officielle en partie véhiculée par Freud lui-même (amplifiée à l’origine par Jones) et la vérité historique ? Nous en avons déjà évoqué des aspects précédemment (nécessité d’implanter la psychanalyse). Cette habitude freudienne de relater des cas princeps deviendra une de ses méthodes d’enseignement, et il est vrai que la plupart des cas évoqués ne correspondront pratiquement jamais à la réalité historique. Est-ce à dire que la psychanalyse repose sur des mensonges ? Certainement pas. Ce n’est pas mon propos présent de « démontrer » la pertinence de la psychanalyse mais il faut savoir que si elle ne reposait pas sur une vérité et n’offrait pas la possibilité d’effets de vérité (salvateurs : c’est ça , la guérison analytique), les psychanalystes seraient (depuis un siècle !) soit une population de thaumaturges pervers voulant instiller une idéologie à leurs analysants (pour quels motifs ? déjà cette question montre l’imbécillité de cet argument souvent colporté, soit celui du psychanalyste manipulateur), soit de pauvres bougres en aporie constante : le taux de suicide devrait être alors considérable. Par ailleurs, mais ce n’est pas l’argument le plus intéressant, lorsque des biologistes (par exemple Henri Laborit, Didier Vincent) tentent ce risque d’en comprendre un peu, de l’homme, ils en arrivent à démontrer l’existence d’un inconscient (que nos conduites sont surdéterminées par des forces qui nous échappent). La métapsychologie freudienne reste encore actuellement le seul outil pertinent qui permette de comprendre un tant soit peu les conduites humaines individuelles et collectives (quelle autre discipline peut-elle apporter, ne serait-ce que des éléments de réponse, au « quelque chose ne tourne pas rond » d’une personne alors que selon les critères de la bienséance tout devrait aller pour le mieux, aux principales manifestations psychopathologiques, à l’acharnement destructeur de l’humain, à sa jouissance à la haine, à son incapacité à la sexualité, à sa passion du mensonge tenaillée par sa terreur du refoulé, etc. ). La psychanalyse renvoie toujours à la problématique difficile de la subjectivité, à savoir que la subjectivité humaine est l’objectivité de l’homme. Et les fameux cas cliniques énoncés par Freud ont une valeur heuristique pour étayer la métapsychologie.

Donc Freud fait le choix de mentir vrai. Freud a des intuitions géniales et il doit en faire la démonstration. Il fit en quelque sorte accoucher la psychanayse aux forceps, comme je l’ai déjà dit, parce qu’il voulait que sa discipline soit définitivement enracinée de son vivant. Par exemple, il l’exprime clairement en 1912, lorsqu’il confie à Ernest Jones que si une association veillait sur la psychanalyse ((l’International Psychoanalytical Association a été fondée à Nuremberg en 1910), sa vie et sa mort lui seraient rendues plus faciles.

Sigmund et Jacob : une des causes majeures d’une certaine conduite des affaires de la psychanalyse

Quel est ce nœud consubstantiel de la naissance de la psychanalyse que je voudrais mettre en évidence ? Ce refoulé qui rejaillit en symptôme dans les mailles duquel les psychanalystes ont toujours été pris ? Qu’est-ce qui échappa à cet homme, Freud, dévoré par son insatiable curiosité scientifique, animé de son ambition dévorante, et ayant trouvé son objet de recherche dans le domaine totalement inconnu de l’étiologie des névroses ? Il est évident que la réponse est du côté de son désir. Je ne veux pas parler ici du corps de la psychanalyse, de sa chair, de sa substance véhiculée jusqu’à nous à partir du désir freudien. L’ayant déjà effleuré précédemment (en gros son œdipe), que la conceptualisation analytique soit partie de là où ça faisait problème pour Freud n’est strictement pas gênant puisque son génie en a fait une science universelle de l’inconscient humain : sa problématique personnelle était dès le départ très atténuée dans ses élaborations (excepté peut-être son impasse quasi totale sur la mère) et de toute façon totalement effacée actuellement depuis que de nombreux auteurs ont travaillé la matière qu’il a léguée.

Ce dont je veux parler et que Freud n’a certainement jamais jugé utile d’analyser est sa conduite des affaires politiques de la psychanalyse. Il est évident que la source des stratégies freudiennes pour ancrer la psychanalyse dans le monde occidental part aussi de son désir. Mais ici, il n’y a peut-être pas de reprise et de neutralisation de la problématique inconsciente de Freud : il y a vraiment symptôme en tant que mise en scène vers l’extérieur des désirs et des défenses freudiennes. En abordant la psychanalyse par la petite histoire, celle de l’homme Freud, son incroyable ambivalence par rapport à la médecine paraît évidente. Il se dit peu intéressé par cette discipline et d’ailleurs il traîne les pieds pour passer ses examens finaux qui le consacrent médecin (études de médecine de 1873 à 1881, soit huit ans au lieu des cinq réglementaires) ; plutôt qu’à la clinique, il préfère s’adonner à diverses recherches dans des disciplines de biologie fondamentale (histologie, physiologie) ; il devient neurologue un peu par hasard, sans grande conviction, lorsqu’il travaille à l’Hôpital Général, puis s’installe au 19 Berggase comme neurologue en 1886 sans enthousiasme particulier. Il se trouve que parallèlement, bien que se plaignant en permanence du rejet de ses pairs universitaires, vomissant même d’une certaine manière l’université viennoise de médecine, il multiplie avec ardeur les demandes pour avoir un poste d’enseignant (Chargé de cours en neuropathologie) qu’il obtient en 1885, soutenu par Brücke. Nous savons par ailleurs que Freud est habité par des sentiments très ambivalents à l’égard de son père. Son père qu’il qualifia de pervers et responsable de l’hystérie de ses sœurs dans sa correspondance à Fliess, conviction freudienne à la base probablement de sa théorie de la séduction (sa fameuse neurotica) qui précéda son revirement de situation avec sa théorie du fantasme. Son père Jakob qui, à 41 ans, déjà deux fois veufs, se remarie avec Amalia Nathanson, âgée de 21 ans. Dans cette famille recomposée, Freud est l’aîné de cinq sœurs et deux frères issus du troisième mariage ainsi que d’un frère mort (Julius né en octobre 1857 et décédé en avril 1858). Il a également deux demi-frères issus du premier lit (Emmanuel et Philippe) qui ont approximativement l’âge de sa mère. Freud aura comme compagnons de jeu les enfants d’Emmanuel : John et Pauline. Cette situation, un père « vieux » en regard d’une mère jeune dont Freud est le premier enfant, des demi-frères de l’âge de sa mère, un neveu et une nièce de la même génération que lui, a à coup sûr mis l’enfant Sigmund dans une situation complexe, dont un des produits le plus connu est la fameuse révolte contre le père que l’on retrouve élaborée dans la conception œdipienne de Freud (son approche de la castration, sa théorie de la horde sauvage), mais qui, à mon avis, fut également déterminante dans sa façon d’envisager l’enracinement de la psychanalyse. Il me paraît légitime de supposer que la révolte au père de Freud ne fut jamais authentiquement dépassée et ceci en particulier parce que de nombreux signes en attestent. En effet Freud a toujours montré un agacement (c’est un euphémisme !) vif à l’égard de potentiel concurrent masculin : en fait il ne supportait pas qu’un autre, en fait un fils-psychanalyste, puisse faire preuve de plus de créativité que lui-même. Il soumettait ses disciples à un véritable double-bind en leur demandant de faire progresser la psychanalyse tout en leur interdisant des initiatives réellement personnelles (voir Ferenzci, Rank, sa méfiance à l’égard de Jones et plus spécifiquement l’épisode Tausk particulièrement tragique). En revanche, il fut toujours prompt à louer les talents des « grands esprit » - ses maîtres tels Brücke et Meynert, mais aussi Binswanger qui refusa toujours d’adhérer au mouvement analytique, Bleuler, même l’original Groddeck, les écrivains Romain Rolland, Arthur Schnitzler et Arnold Zweig, etc.) pour autant qu’ils ne soient pas sur son territoire. Cette problématique freudienne - l’ambivalence au père - se retrouve ainsi à de nombreux croisements de la vie de Freud :

  1. Dans l’élaboration du noyau de l’architecture théorique de la psychanalyse.
  2. Dans le fait que Freud veut à tout prix sortir la psychanalyse de son label de « science juive », lui athée convaincu « contre » son père Jacob qui est croyant.
  3. Dans le fait que Freud veuille sortir la psychanalyse de la sphère médicale et ceci en faisant appel à des praticiens non-médecins ; c’est ce qui m’occupe ici.

Dans les faits, il sera préférable de dire que Freud a toujours tenté de faire cohabiter une psychanalyse médicale et une psychanalyse profane.

On retrouve cette attitude autant dans sa littérature où il parle quasiment toujours de médecin pour qualifier le praticien analyste et renvoie systématiquement la technique analytique à une technique médicale. Pourquoi, dans ses conditions, s’étonne-t-il en 1926 que les autorités médicales cherchent des ennuis au profane Reik ? Si effectivement, à ce moment précis, Freud défend la psychanalyse profane sans ambiguïté dans son texte dédié à cette question, il est ambigu dans tous ses autres écrits pour la simple raison qu’il ne parle quasiment jamais de psychanalyste mais systématiquement de médecin pour spécifier le praticien psychanalyste.

Par exemple quand on lit, je cite : « Il n’est agréable ni à moi ni à mes amis et collaborateurs de monopoliser ainsi le droit à l’exercice d’une technique médicale. Mais face aux dangers que la pratique prévisible d’une psychanalyse « sauvage » entraîne pour les malades et la cause de la psychanalyse, il ne nous restait rien d’autre à faire. Nous avons fondé au printemps 1910 une Association Psychanalytique Internationale dont les membres professent lui appartenir par publication de leur nom, afin de pouvoir récuser toute responsabilité quant aux agissements de tous ceux qui ne sont pas des nôtres et qui appellent leur démarche médicale " psychanalyse" »9. « Technique médicale... pour les malades... démarche médicale... », comment s’étonner que le public, déjà à l’époque, ne puisse pas envisager la psychanalyse comme autre chose qu’une thérapie médicale ! On retrouve cette position lorsque sous l’impulsion de Freud, la littérature analytique « médicale » (dans le Jahrbuch für Psychoanalytische und Psychopathologische Forschungen) est soigneusement séparée de la littérature analytique profane dont le rôle est d’étudier les phénomènes humains généraux à la lueur de la théorie analytique (ce qu’on a dénommé la psychanalyse appliquée) via une revue spécifique, Imago, dont Rank et Sachs, tous les deux psychanalystes profanes, seront les fondateurs en 1912.

On peut légitimement se demander pourquoi, dans la mesure où Freud voulait la psychanalyse affranchie de toute autre discipline, et plus spécifiquement de la médecine, donc pourquoi est-il aussi insistant dans sa littérature à nous rappeler en permanence que le praticien de la psychanalyse est médecin et pourquoi cette nécessité de séparer la littérature analytique « scientifique » (celle qui serait « sérieuse ») de l’autre (celle qui serait finalement un peu « fantaisiste » et dont la revue serait dirigée par un type un peu fantaisiste aussi, à savoir Rank) ?

Je terminerai ce rapide panorama des ambiguïtés (espiègleries ?) freudiennes au sein desquelles son souhait exprimé d’enraciner une psychanalyse indépendante se traduit à la fois dans une défense de la psychanalyse profane, dans une mise en garde contre la psychanalyse sauvage, tout en parlant quasiment toujours, en tout cas dans sa formulation, en tant que médecin qui s’adresse à d’autres médecins (surtout quand il parle de technique analytique, donc bien de la pratique) en soulignant le degré de confusion que Freud semble semer. En effet, dans son texte La question de l’analyse profane 10 , Freud est tolérant au-delà de toute attente : en effet, ceux qu’il appelle des « pirates », à savoir des non-médecins qui s’improvisent psychanalystes (plutôt aux Etats-Unis à l’époque) après avoir lu quelques pages mal traduites de son œuvre, n’attirent pas ses foudres si, écrit-il, «  après avoir gagné quelque chose » (sic), ils « viennent en Europe dans un scrupule de conscience à retardement, comme pour faire légitimer après coup leur rapport à la psychanalyse, pour devenir honnêtes et apprendre quelque chose. »11 Il ne semble pas, lui, Freud, avoir quelque scrupule de conscience quant aux dégâts que ces « psychanalystes » ont peut-être occasionné chez des personnes avant de vouloir devenir honnêtes en se mettant sur un divan.
Dans le même mouvement, il est d’une sévérité radicale quant au charlatanisme... mais pas celui auquel on s’attendrait. Lisons-le : « Pour la loi (donc autrichienne), est charlatan celui qui traite les malades sans pouvoir justifier de la possession d’un diplôme d’Etat de médecin. Je préférerais une autre définition : est charlatan celui qui entreprend un traitement sans posséder les connaissances et les capacités requises. Me basant sur cette définition, je me risque à affirmer que - pas uniquement dans les pays d’Europe - les médecins fournissent aux charlatans en analyse le plus fort contingent. Ils pratiquent très fréquemment le traitement analytique sans l’avoir appris et sans le comprendre. » 12 Aussi : « ... le médecin a reçu à l’Ecole de médecine une formation qui est à peu près le contraire de ce dont il aurait besoin pour se préparer à la psychanalyse »13 ... et ainsi de suite pendant plusieurs pages. Donc Freud, c’est le moins que l’on puisse dire, pousse le bouchon assez loin puisqu’il est nettement moins critique à l’égard de ceux qui s’improvisent psychanalystes sans aucune formation (à la condition, il est vrai, qu’ils s’engagent plus tard dans une formation analytique) qu’à l’égard de médecins qui pratiqueraient sans formation analytique (qui ont, dit-il plus loin, tendance à refuser une formation analytique). Et quand, en 1910, dans son texte De la psychanalyse « sauvage », il met garde contre une compréhension erronée de la pratique analytique dans le fait d’interpréter sauvagement un symptôme (c’est-à-dire sans tenir compte du discours associatif, ni du tempo, ni du transfert de la personne qui consulte) comme étant la manière la plus sûre de hérisser des résistances peut-être à jamais verrouillées, sa critique est dirigée contre un médecin qui aurait agi ainsi. Je veux dire par-là que ici encore, il parle bien d’un médecin (sur la foi du témoignage de la personne qui en fut victime) comme si, implicitement, il n’y avait pas d’autre possibilité. Pourquoi ne parle-t-il pas d’un psychanalyste « sauvage » tout simplement, et ceci pour mettre en garde toute personne qui s’improviserait psychanalyste sans formation, INDEPENDAMMENT DE SA FORMATION INITIALE ? Je terminerai en relevant qu’à l’égard de ce psychanalyste « sauvage », il termine son texte avec beaucoup de mansuétude puisqu’il écrit : « Pour le cas de la dame, dont nous avons entendu la plainte portée contre ce médecin, j’inclinerais à penser que le psychanalyste sauvage a fait tout de même davantage pour sa patiente que n’importe quelle éminente autorité, qui lui aurait raconté qu’elle souffrait d’une « névrose vasomotrice  ». 14
Même tolérance finalement que pour les « pirates » de 1926... sauf que le « pirate » de 1910 est un médecin.

Pour Freud, il est clair que le médecin, à l’époque, dans la mesure où il est incapable d’envisager une étiologie autrement que dans un désordre du corps, se trouve du coup totalement ignorant face à une névrose. « Le médecin qui, de par ses études, a appris à connaître tant de choses qui sont inaccessibles au profane a pu se former des représentations des causes de la maladie et des modifications par la maladie, [...] Mais devant les détails des phénomènes hystériques, tout son savoir, sa formation anatomo-physiologique préalable le laisse en panne. Il ne peut comprendre l’hystérie, il est lui-même face à elle comme un profane. »15
Il exprime même son grand septicisme à l’égard des psychiatres quand il écrit : « Seule la psychiatrie est censée s’occuper des troubles des fonctions animiques, mais on sait de quelle manière et dans quelles intentions elle le fait. Elle recherche les conditions corporelles des troubles de l’âme et les traite comme d’autres facteurs occasionnant les maladies.  » 16

Ces différents pointages ainsi qu’une plongée dans l’histoire de la naissance de la psychanalyse et de Freud - l’homme et non la statue - nous montre à l’évidence qu’il ne considérait aucunement la formation médicale comme un préalable à l’exercice de la psychanalyse. Ni même la formation de psychiatre. Et c’est à partir de cette constatation que Freud ouvre les portes de la psychanalyse à des non-médecins. Cependant, sa défense de l’analyse profane est circonstancielle et semble à ce moment presque se construire dans une critique acerbe de l’attitude de certains médecins qui continuent encore, après 2 décennies d’existence de la pratique analytique, de croire que leur formation les autorise à exercer sans passer par une formation à l’analyse. Quant aux profanes, ils devaient aussi avoir des difficultés à se sentir légitimes, même dans le cercle rapproché de Freud, dans la mesure où la littérature freudienne ne fait que très rarement référence à une pratique analytique indépendante qui serait totalement coupée de toute formation initiale du praticien. Ni explicitement, ni implicitement dans l’utilisation d’une terminologie qui aurait quitté les rivages de la médecine.
Aussi pouvons-nous être surpris de l’étonnement de Freud sur des pratiques sauvages de la part de médecins, puisque tout au long de ses écrits, il parle de « malades », de « technique médicale », de médecins comme praticiens. Comment, dans ses conditions, s’y retrouver pour les médecins de l’époque ? Et comment les profanes auraient-ils pu avoir un poids dans la cité puisqu’ils étaient en quelque sorte désavoués par la teneur même de la terminologie médicale de Freud.

Freud lui-même savait-il, en ce qui concerne cette question de la psychanalyse profane, ce qu’il voulait exactement, et ce, malgré des prises de position telles qu’en 1926 ? Il me paraît fondé de se poser la question. Freud ratissait large pour les raisons de l’implantation de la psychanalyse que j’ai développées précédemment. Il n’aurait jamais pu développer la psychanalyse s’il s’était contenté de la laisser aux mains de la médecine. Et les profanes ont joué un rôle essentiel pour l’émancipation de la psychanalyse et ceci, malgré le discours freudien, qui comme nous venons de le voir, n’était pas aussi limpide que le discours actuel sur la psychanalyse profane le laisserait entendre. Excellents militants de la cause (et il en faut, du cœur, pour faire ce parcours !), les psychanalystes profanes ne comprennent pas pourquoi, régulièrement, ils sont en odeur de suspicion bien plus de la part de certains psychanalystes psychiatres (qui sont toujours les demandeurs d’une législation de l’exercice de l’analyse et des négociations préalables avec les pouvoirs publics) que des Etats proprement dits (auraient-ils des velléités de législation s’il n’y avait pas de demandes de la part de certains groupes constitués se considérant comme les seuls légitimes ?).

Dit autrement, y-aurait-il eu tant de difficultés au cours de l’histoire de la psychanalyse concernant la légitimité de qui peut exercer si Freud avait réellement posé les bases de la formation à l’analyse au lieu d’intervenir au coup par coup selon les nécessités du moment ? Faut-il rappeler que les analystes se sont déchirés sur cette question quasiment dès le début de l’institutionnalisation avec l’IPA et que cette histoire récurrente a toujours empoisonné le mouvement analytique.

DONC

Empoisonnement qui rejaillit maintenant en France. Car la question de la « garantie » (garantie de formation, garantie de compétence, garantie pour protéger les « populations fragiles ») posée par l’amendement Accoyer de Novembre 2003 n’est-elle pas en dernier ressort la question de l’analyse profane, et plus précisément une nouvelle tentative conflictualisée de la part de la médecine de se prétendre la seule légitime à fournir son lot d’analystes ? N’entend-t-on pas de la part des ténors de la psychanalyse, et ceci pour se garantir auprès de l’Etat et de légitimer ainsi l’inutilité de l’amendement concernant spécifiquement la psychanalyse, que de toute façon « la plupart de nos adhérents sont psychiatres ou psychologues (une nouveauté qui n’existait pas du temps de Freud) ». Etrange façon de défendre la psychanalyse à, une de fois de plus, faire surtout référence à la formation antérieure des analystes plutôt qu’à leur libération de leur formation antérieure.
Quant aux profanes qui « diabolisent » les psychiatres, ne sont-ils pas pris dans la même erreur (même terreur ?), le même piège (une vraie nasse sous forme de crypte psychique) ?

Un psychanalyste ne devrait-il pas considérer chez un autre analyste la seule question légitime : sommes-nous analystes et dans ce cas, quel le dénominateur commun qui nous qualifie ? Autrement dit, qu’est-ce qu’un analyste ? Quel itinéraire de formation pour être analyste ? Et là-dessus, quasiment tout le monde est d’accord (faire une analyse, des supervisions, travaux théorique au sein d’échanges, etc.). Et pourtant ce sont en permanence les cloisonnements qui sont mis en avant et en dernier ressort, d’où vient-il l’analyste alors que tout le monde est d’accord pour dire que ce n’est pas le plus important ?

Donc étonnement et questionnement : alors que l’essentiel des psychanalystes est d’accord sur la formation ainsi que sur l’absence d’intérêt de porter attention au cursus universitaire (ou autre) d’un analyste, dès que ces mêmes analystes doivent débattre dans la cité des critères de légitimité et de pertinence pour être praticien de la psychanalyse, subitement ils se focalisent (s’acharnent) à mettre en avant leur statut universitaire et oublient leur choix d’être analyste (« moi, je suis psychiatre ! », « et moi, bien que non-médecin, j’ai mon DESS de psycho clinique ! », « et moi donc, bien que ni-ni, j’ai 2 docs, un en philo et l’autre en sciences de l’éducation ! », « quant à moi, j ’enseigne à l’université, s’il vous plaît ! », « et moi, pour prouver ma pureté à vouloir être analyste, j’ai refusé de faire des études supérieures ! »). Crise d’adolescence interminable des analystes incapables qu’ils semblent de se contenter d’être analystes 17. Parce que la psychanalyse n’est pas réglementer par l’Etat, les psychanalystes eux-mêmes se déconsidèrent jusqu’à nier leur propre choix et s’accrocher comme des moules à leur rocher à leur diplôme dûment valider (labelliser, estampiller, poinçonner) par l’Etat. Et pour pouvoir se sentir exister, voilà qu’ils veulent avoir l’autorisation de papa-Etat en rendant leur désir d’analyste « diplômant » (très à la mode, cette histoire de formation diplômante), qu’en fait leur parcours devienne un diplôme inscrit dans un annuaire (d’Etat). Le « nouveau » psychanalyste pourra enfin dire à son analysant qui doute de la pertinence d’une intervention, comme le patient qui doute de la pertinence d’une intervention (médicale/chirurgicale : « moi, je suis diplômé et inscrit dans l’annuaire, donc JE SAIS CE QUE JE DIS puisque papa-Etat me dit que je sais ».

La fin d’une analyse, c’est quoi ? Abruptement, quitter papa-maman, disait Freud. Et les psychanalystes seraient bien avisés de quitter les couches-culottes dans lesquelles Freud les a emmailloter. Car, et c’est mon propos dans ce travail, je pense qu’en fait, dans la mesure où, la psychanalyse se transmet essentiellement par la voie orale et transférentielle (les textes ne servent à rien sans avoir fait l’expérience de l’analyse), « quelque chose » de l’ordre du désir freudien, « quelque chose » que j’ai tenté de mettre en évidence en replongeant dans l’histoire, « quelque chose » de l’ordre du conflit de Freud à son père 18 , ce « quelque chose » qui, dans la conduite de l’implantation de l’analyse n’a pas été analysé par Freud, en fait ce qu’on appelle un point aveugle, et bien ce point aveugle enkysté dans « la formation » de tout analyste me paraît être la cause de cette impossibilité d’entente des analystes (malgré leurs déclarations sans cesse réitérées) sur ce qui légitime la pratique de la psychanalyse, à savoir les invariants métapsychologiques découverts par Freud.
Ce point aveugle consiste en ce que Freud, hanté par la nécessité d’implanter la psychanalyse de son vivant (et de l’institutionnaliser), a ratissé le plus large possible (nous avons vu des tolérances incroyables de sa part) à la fois :
1/ En ouvrant la psychanalyse aux non-médecins ce que j’interprète comme une tentative de se soustraire à l’influence du père, et ceci dans la même veine que l’athéisme de Freud... (d’ailleurs il parle de Laienanalyse [analyse laïque]). Il affirme son indépendance avec provocation (à l’égard du milieu médical représentant de la Loi, donc du père).
2/ En flattant les médecins dans le bon sens du poil en les considérant comme les seuls capables de prendre des cas difficiles, en leur confiant le rôle de propager la pensée analytique (Abraham à Berlin par exemple), en les plaçant habilement aux poste-clefs de l’IPA, en leur confiant l’entrée à l’université (Ferenczi à Budapest), en étant tolérant à l’égard de ceux qui refusent de se mettre sur un divan (Hesnard en France), etc. Il cherche donc les grâces du milieu médical (du père) et semble ici incapable d’une vraie indépendance. D’ailleurs, son espèce de véhémence critique parallèlement souvent exprimée à l’égard de ses pairs semblerait accréditer son incapacité à s’affranchir authentiquement.

Et, compte tenu de l’histoire récurrente du conflit médecin/profane, les fils de Freud semblent bien être « infiltrés » par ce point aveugle qui, à l’instar d’un symptôme, les mènent pas forcément là où ils voudraient aller. Je pense qu’il convient donc de séparer très nettement l’œuvre freudienne de sa conduite dans les affaires de la psychanalyse afin d’aider les psychanalystes à se dépendre de Freud, l’homme, en tant que fondateur de la psychanalyse et de se prévaloir exclusivement de son œuvre. Il serait temps que les psychanalystes liquident leur transfert à Freud, arrivent à se sortir des « espiègleries »19 freudiennes.

Lacan, avec la limpidité de sa lucidité, exprime bien sa méfiance à l’égard de Freud, lorsqu’il, au cours d’une Assemblée Générale à l’EFP rapporte Jean-Pierre Klotz, dit «  Je définirai mon rapport à Freud comme de l’ordre du transfert négatif.  ». Et Klotz de reprendre cette prise de position lacanienne à la lueur de La leçon de Lacan sur le transfert négatif : « avoir à l’œil ». « Lacan avait Freud à l’œil, , il le surveillait pas à pas.  », écrit Klotz 20. Cette évidence lacanienne n’a, semble-t-il, pas vraiment été élaborée. Je devrais aussi citer Vladimir Granoff qui, dans son ouvrage remarquable Filiations, L’avenir du complexe d’Œdipe 21, aborde avec force cette histoire d’aliénation du mouvement psychanalytique à Freud.
L’âge de raison de la psychanalyse consisterait peut-être à ce que ses protagonistes comprennent l’aliénation au Père dans laquelle ils se trouvent et que dans un sursaut de dignité, ils s’intéressent enfin à la psychanalyse, je veux dire aux textes fondateurs mais aussi à leur capacité à s’en affranchir pour pouvoir espérer penser (un petit peu) par eux-mêmes .

Christian JEANCLAUDE

Notes

  1. Voir l’article très complet « Pour soutenir l’analyse laïque » de Jean Péroy, Claude et Rosa Pont, Jacques Sédat dans les Archives du site Œdipe.org, dans le dossier Vers une profession de psychothérapeute ? 3 février 2002.
  2. Voir « Les divines surprises de Bernard Accoyer » de Laurent le Vaguerèse dans le Petit journal du site Œdipe.org, novembre 2003.
  3. FREUD S., (Selbstdarstellung), Sigmund Freud présenté par lui-même, (1925, 1935), nrf/Gallimard (traductions nouvelles), 1984, p. 27.
  4. Ibid., pp. 27-28.
  5. JONES E, La Vie et l’oeuvre de Sigmund Freud, tome 1, 1856-1900, Paris, PUF, 1958.
  6. « Les névropsychoses-de-défense » (1894) ; « Obsessions et phobies » (écrit en français par Freud, 1895) ; « L’hérédité et l’étiologie des névroses » (écrit en français par Freud, 1896) ; « Nouvelles remarques sur les névropsychoses-de-défense » (1896) ; « Sur l’étiologie de l’hystérie »(1896). On trouve les nouvelles traductions de ces articles dans SIGMUND FREUD, Oeuvres complètes, Psychanalyse, III, 1894-1899, PUF, 1989. Les anciennes traductions (1973) sont dans Névrose, psychose et perversion (PUF).
  7. Voir par exemple Mensonges freudiens : Histoire d’une désinformation séculaire de Jacques Bénesteau (Mardaga, 2002) qui reçut d’ailleurs le prix de la Société Française d’Histoire de la Médecine 2002, ce qui n’est pas rien.
  8. ROUDINESCO E., PLON M., Dictionnaire de la psychanalyse, Fayard, 1997.
  9. FREUD S., « De la psychanalyse « sauvage » in OCP/F X, Paris, PUF, 1993, p. 213.
  10. FREUD S., « La question de l’analyse profane » in OCP/F XVIII, Paris, PUF, 1994, pp. 1-92.
  11. Ibid, p. 88.
  12. Ibid., p. 56 [La parenthèse est de moi].
  13. Ibid.
  14. FREUD S., « De la psychanalyse « sauvage » in op. cit. p. 213.
  15. FREUD S., « De la psychanalyse » in OCP/F X, Paris, PUF, 1993, p. 8.
  16. FREUD S., « La question de l’analyse profane » in OCP/F XVIII, Paris, PUF, 1994, p. 57.
  17. Jean-Michel LOUKA dans son texte « On remercie un psychanalyste » ( Site Œdipe.org, 10 novembre 2003) écrit « Vous pourrez entendre un : je suis psychiatre et, par ailleurs, psychanalyste, ou bien, je suis psychologue clinicien et, par ailleurs, psychanalyste... mais jamais : je suis un psychanalyste. Si vous le dites, - et je le dis -, l’on vous rétorquera immédiatement, faites-en l’expérience : psychanalyste, ça ne veut rien dire, ça n’existe pas. En fait, dites-moi, vous êtes psychiatre ou psychologue ? » C’est édifiant et parfaitement juste.
  18. Il pourrait être passionnant de faire une analyse différentielle des lignées hommes par rapport au lignée femmes dans leur rapport à la chose analytique.
  19. Il m’amuse de penser que Freud, amateur d’humour, et à l’instar de sa réjouissance à imaginer ses biographes perplexes et perdus face des à ses archives incomplètes (et détruits sélectivement par Freud), n’ait pas fait l ’effort de se mettre au clair quant à sa conduite de l’implantation de l’analyse pour mettre à l’épreuve ses « fils », histoire de voir s’ils sauraient être analystes.
  20. KLOTZ J.-P., « Une réponse de Lacan » in ORNICAR ? digital, Revue electronique multilingue de psychanalyse publiee à Paris par Jacques-Alain Miller.
  21. GRANOFF W., Filiations, L’avenir du complexe d’Œdipe, Paris, Tel/Gallimard, 2001.

Ce texte est publié sur Psythère avec l’aimable autorisation de l’auteur et de la rédaction du site http://psy-desir.com.



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