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REVUE DE PSYCHIATRIE

Lecture

Schizophrénie

Un regard clinique
vendredi 27 décembre 2002.
 
Ce petit ouvrage aux allures didactiques, republié plus de trente ans après sa première édition, peut être lu comme un témoignage et un manifeste de ce que la psychiatrie contemporaine, férue d’objectivation et de chiffres, tend à occulter.


LECTURES

SCHIZOPHRENIE
Les schizophrènes. Roger Gentis

SCHIZOPHRENIE

Un regard clinique

Les schizophrènes. Roger Gentis. / Psythère Ce petit ouvrage aux allures didactiques, republié plus de trente ans après sa première édition, peut être lu comme un témoignage et un manifeste de ce que la psychiatrie contemporaine, férue d’objectivation et de chiffres, tend à occulter. Il n’est pas sans intérêt de lire ce texte assez bref, - et très bien assisté par l’introduction efficace de Pierre Delion -, où Roger Gentis, l’une des figures majeures de la psychiatrie dite institutionnelle, nous trace un portrait singulier de la schizophrénie, en se centrant continûment sur la personne du patient schizophrène. Son propos, avant-gardiste à l’époque, montrant les points d’appuis théoriques et critiques qui allaient donner corps à la politique de sectorisation mettant fin au paradigme asilaire, a le mérite d’être relu, pour ne pas oublier que l’approche clinique du patient schizophrène ne saurait, aujourd’hui, se réduire uniquement au point de vue stérilisant des check-lists objectivantes bénéficiant du bâillonnement de la réflexion psychopathologique, s’appuyant sur une politique de désinstitutionnalisation qui n’a pas les moyens de ses prétentions.
Le patient schizophrène, requiert bien encore de nos jours toute la perspicacité d’un regard clinique et d’une écoute en éveil, toujours attentive à la créativité sous jacente au symptôme et à ce qu’il indique de tentatives de solutions toujours singulières pour sortir de la folie mortifère, de la destructivité qui l’enserre. R. Gentis structure son propos en quelques points clefs : l’angoisse schizophrénique et sa détresse abyssale (que l’auteur revisite à la lumière des concepts psychanalytiques) et le travail défensif que celui-ci induit avec ses trouvailles et ses risques de confinement dans le bastion de la chronicité délirante ; les différences entre schizophrénie aiguë et chronique, la première étant vectrice de transformations où l’angoisse et les défenses s’affrontent dans une issue incertaine, la seconde résonnant avec la chronicité proprement asilaire menaçant aussi bien les soignants que le patient - « ce qui crée la chronicité, c’est pourrait-on dire, une espèce de complicité entre le malade et son milieu. Cette forme d’existence ne peut être comprise que comme un mode de défense contre l’angoisse schizophrénique » ; la thérapeutique avec une prise en charge devant commencer avant l’éclosion de la maladie (thème très contemporain), axée surtout sur la psychothérapie et le travail du groupe soignant, situant le transfert au centre du dispositif et reconnaîssant l’importance que revêt l’environnement du patient, en dehors desquels le travail auprès de tels patients est rapidement réduit à néant. Rien de plus suspect pour R. Gentis qu’un schizophrène « stabilisé », alors que le patient, comme ceux qui en ont la charge, doivent être continuellement mobilisés pour ne pas lui permettre de se colletiner « une existence au rabais ». D’où l’exigence d’un accompagnement au long terme, dans ce que R. Gentis appelle, sur un mode qui semble suranné, la post-cure, notion préfigurant notre « continuité des soins ». Un petit livre bien appréciable, aux airs de mise au point pertinente en ces temps de « crise ».

Lydie Fraisse
12 02

Les schizophrènes. Roger Gentis. Erès, 0ctobre 2002. 125 pages.



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