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REVUE DE PSYCHIATRIE

thérapeutique

Antidépresseurs ou placebo ?

Le placebo pourrait agir sur la dépression autant que les antidépresseurs.
samedi 15 juin 2002.
 
Les antidépresseurs sont parmi les plus connus et les plus largement prescrits des médicaments aux Etats-Unis.


MEDIAS


Antidépresseurs ou placebo ?

Le placebo pourrait agir sur la dépression autant que les antidépresseurs.

Les antidépresseurs sont parmi les plus connus et les plus largement prescrits des médicaments aux Etats-Unis. Mais il devient de plus en plus évident que les placebos peuvent souvent être aussi efficaces pour améliorer l’humeur et peuvent agir sur la biochimie cérébrale. La répose du médecin américain, à un patient se plaignant d’être déprimé, est, dans la majorité des cas (90 %), la pescription d’un traitement antidépresseur, comme la fluoxétine (Prozac), la sertraline (Zoloft) ou la paroxétine (Paxil). Si ces traitements peuvent aider à sortir d’une dépression, les essais cliniques montrent que beaucoup de patients sont aussi améliorés avec une simple pilule sucrée. " Les patients ne savent pas si c’est une médication active ou la pilule sucrée qui est efficiente, mais ils ont le sentiment que le traitement peut les aider et qu’il peut contribuer à leur amélioration. " dit le Dr Timothy Walsh, psychiatre au Columbia University de New York.

L’effet placebo

Cet effet est bien connu et fait partie des évaluations classiques des études portant sur l’efficacité, des psychotropes notamment. Ainsi, une étude récente publiée dans le Journal of the American Medical Association, a utilisé un placebo et la sertraline pour éprouver l’efficacité du millepertuis. Les résultats du millepertuis n’ont pas été significativement meilleurs que ceux du placebo ; mais ceux de la sertraline non plus… Ce n’est pas une occurrence inhabituelle avec les antidépresseurs. Le Dr Arif Khan, médecin directeur du Northwest Clinical Research Center à Bellevue, qui a évalué des médicaments pour différents laboratoires, a analysé 96 essais d’antidépresseurs sur une période de dix-sept ans. Dans 52 % des essais, il n’y pas eu de différence significative entre le placebo et le traitement " actif ". " Les différences seraient de l’ordre de 7 à 8 % dans la réduction de symptômes, ce qui signifie que la différence n’était pas suffisamment importante pour être scientifiquement significative " a précisé A. Khan. Selon lui, la plupart des laboratoires font cinq essais ou plus pour en avoir au moins deux montrant un effet bénéfique significatif pour une molécule active par rapport à un placebo (critères imposés par la FDA).

Le pouvoir de la croyance

Quelques chercheurs ont établi que l’effet placebo compte pour 100 % des bénéfices supposés des antidépresseurs. Si nombre d’experts ne vont pas si loin, certains pensent que l’importance de l’effet placebo est loin d’être négligeable. " L’effet placebo a été injustement décrié pendant cinquante ans, plutôt qu’honoré et cultivé " dixit le Dr J. Alexander Bodkin, directeur du programme de recherche de psychopharmacologie clinique à l’hôpital Mc Lean de Belmont (Massachussets). " Il a aussi été perçu davantage comme étant un biais d’observation que comme un processus thérapeutique authentique ". De nouveaux chercheurs peuvent bien changer les manières dont les placebos sont considérés , surtout dans les essais cliniques. Deux études publiées en 2002 dans l’American Journal of Psychiatry, ont montré que prendre un placebo affecte réellement les fonctions cérébrales et améliore l’humeur, comme le font les médicaments. Ces résultats étaient inattendus car le placebo était, jusque là, supposé être une condition de traitement inactive. Cependant, il existait une lacune importante dans ces découvertes. Selon le Dr Andrew Leuchter, (directeur de psychiatrie adulte à l’université de Californie, Los Angeles, UCLA), " il semble que les patients devaient croire qu’ils devaient prendre un médicament pour se sentir mieux … et quand nous disions aux sujets du groupe témoin qu’ils avaient reçu un placebo, leur humeur se détériorait, dans nombre de cas, très rapidement ". L’utilisation des placebos semble ne pas pouvoir pour l’instant être proposée comme " thérapeutique ". De nombreuses questions concernant l’efficacité des placebos restent posées. Ces résultats éclairent surtout le pouvoir des relations et des contacts personnels et son rôle dans la thérapie antidépressive. " Le fait que le sujet demande un traitement et se frotte à des composantes diverses du milieu de recherche, incluant les relations personnelles, modifie son fonctionnement cérébral " dit A. Leuchter. De nombreux facteurs agissent en engendrant une réponse placebo. " Nous ne savons pas encore lesquels ont une importance critique. "

D’après Mikkel Hamfeld
source ABC News 13/06/2002



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