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REVUE DE PSYCHIATRIE

Bioéthique

Une clinique de la bioéthique

Ethnologie appliquée
jeudi 5 avril 2001.
 
La bioéthique n’est pas une chose morte, une circonvolution philosophique, une morale de salons élégants mais une réalité de terrain pour chaque médecin.

Les études médicales ne préparaient pas à la question de la vie et de la mort. Or la relation médicale est la rencontre de deux inconscients autour de la maladie, de la souffrance et de la mort. Chacun, au fil de son exercice, a dû inventer et construire empiriquement un espace relationnel. Confronté à une médecine mutante, le médecin, technicien et poète du vivant, accompagne son patient dans ses interrogations face aux questions les plus vastes et les plus inattendues. Au centre des demandes, des espoirs et des craintes, nous avons à l’entendre sur ses inquiétudes : ce qu’il respire, mange, boit, ce qu’il vit, ce qu’il transmet de son expérience ou de son nom. Le médecin est interpellé, clairement sur la maladie et, à son insu, sur l’environnement. L’avenir de la médecine se joue au sein d’un écosystème en mutation où les enjeux moraux et bioéthiques conditionnent le rôle, la fonction et la place des médecins dans notre société. Il est pivot entre une société médicalisée, fascinée et consommatrice, et une réalité de terrain.

Une clinique de la bioéthique

Une clinique de la bioéthique fait aujourd’hui irruption dans les consultations car la nouvelle médecine attrape le sujet au collet et vient lui demander quelques comptes : peut-on laisser son enfant, son frère, son père mourir quand on peut le sauver ? Et voilà, un patient en pleurs face à un dilemme effroyable : rester en parfaite santé ou partager son foie et sauver son frère ? Lui qui adore son frère et craint la plus petite piqûre, bascule dans l’horreur de l’indécision, les angoisses, la culpabilité et une solide dépression. Une médecine deus ex machina peut transformer un bien portant en malade. Nous voyons naître une nouvelle série de patients : les malades de la médecine. Sentinelles vigilantes à l’exercice d’une pratique médicale cohérente, il est nécessaire de garder la tête froide face aux prouesses funambulesques et le cœur chaud pour les avancées médicales

La loi du capital ou les oies du Capitole

Entre la loi du capital ou les oies du Capitole, la tâche promet d’être rude. Nous vivons une mutation de la médecine liée aux explosions des biosciences  : thérapie génique, décryptage du génome, clonage thérapeutique et humain. Autant de voies qui touchent, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, à la conception et la réorganisation du vivant en général et de l’humain en particulier. L’impact sur l’homme et son environnement est évident mais non prévisible encore moins mesurable. La médecine est au premier plan de ces mutations. Etrangement, le discours des médecins en général des psychiatres et psychanalystes en particulier est quasi inexistant. La bioéthique n’est pas une chose lointaine, elle nous convoque, et nous convoquera de plus en plus, au cœur de notre pratique. Quelques exemples, loin d’être exhaustifs, sont autant de thèmes de réflexion. La greffe et les donneurs, ou le clonage  : des rêves, des rives... La médecine prédictive ou les angoisses collectives : OGM, organisme génétiquement modifié, OVM organisme vivant modifié, HGM homme génétiquement modifiable. Le patronyme ; question concomitante aux évolutions procréatives. L’information et l’aléa thérapeutique : du droit aux réalités médicales.

La question des limites

La question des limites entre la biologie la médecine est clairement posée. Où commence l’une et où s’arrête l’autre ? Quelle est la responsabilité morale du médecin ? Qui fixe les limites du registre médical et celui de la biologie appliquée, lorsque l’homme touche l’architecture du vivant et se donne le pouvoir de s’affranchir de sa propre conception ?

Le bond des biotechnologies sur la planète santé

Le fantasme devient réalité : pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’homme sait s’autoengendrer. Quels sont les impacts sur la psyché lorsque le mythe entre en compétition avec le réel  ? La société est porteuse des représentations psychiques vivantes, mouvantes, de l’homme face au monde.

Entre dérives et aléas

Entre dérives et aléas escortant les bouleversements, notre société sécrète des nouveaux comportements et régresse sur le point d’ancrage le plus archaïque : la nourriture.

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De la vache folle, à la fièvre aphteuse, l’hystéria collective développe ses terreurs orales. Elle tente de les juguler par des conduites contraphobiques et traque la traçabilité d’aliments qui ont fait trois fois le tour de la terre. Tétanisé par le principe de précaution et de transparence, elle décime son cheptel aussi allègrement que l’on jetait sorcières au bûcher. Pendant ce temps, s’élaborent et s’affinent discrètement les techniques de clonage.

Séquençage génomique et clonage

ADNFace au séquençage génomique et au clonage, le couple prédiction prévention se pacse pour le meilleur et pour le pire. La médecine évolue vers la prédiction pour mieux prévenir, pour mieux soigner. In fine, si l’objectif atteignait la perfection, l’ultime paradoxe serait de tout prévoir pour n’avoir plus rien ou plus personne à soigner . Les liens qui réunissent le patient et son médecin sont en interaction constante dans leur rapport au monde. L’approche globale des patients implique une vision globale de la relation, des rapports qui se construisent dans la rencontre entre patients, société et médecins. La relation thérapeutique est un tout, associant déontologie et fonction soignante. Les nouvelles connaissances, notamment en génétique, les compétences technologiques et leurs utilisations sont des enjeux fondamentaux pour l’Homme en général et le patient en particulier. Bouleversement majeur, saut de registre, mutation, tout contribue à une conception et un exercice de la médecine renouvelé. C’est pourquoi nous sommes dans une nécessaire évolution de nos références, de nos pratiques et de nos modes de penser la médecine et le patient.

La bioéthique est un point de repère

La bioéthique est un point de repère des échanges, des informations et des valeurs entre le médecin et le patient. Des chimères protéiques au génome, le médecin est au centre de la biologie moderne et de la science du vivant. Il est un pivot entre les nouvelles médecines, les nouvelles attentes et les nouvelles peurs. Face aux bouleversements sociétaux majeurs de notre ère génétique, le médecin a un rôle et une place sociale en constante évolution. Entre les craintes, les espoirs et les utopies, qu’il le souhaite ou non, il sera investi d’une place de coordonnateur et de médiateur, qu’il devra occuper. Place difficile, entre l’illusion et la déception, entre le possible et le réalisable, il sera vraisemblablement au carrefour de pressions autrement plus lourdes que celles qu’il connaît actuellement. Témoin direct, confesseur et censeur, il est soumis à l’ambivalence de la société à son égard. A la fois apprenti sorcier et Dieu, il aura à gérer la demande d’informations. En étau entre les prouesses de la médecine de pointe et son humble cabinet de consultation, il porte les mouvements contradictoires d’une société entre espoirs et effrois. Il oscille sur la corde raide du médecin de quartier entre les demandes des patients, les performances médiatisées, sa réalité de terrain humaine, administrative et comptable. Dans ce contexte du quotidien élémentaire, nous vivons une révolution biologique et plusieurs thèmes sont à développer autour de la place du médecin dans la société, son rôle dans l’environnement, son avenir dans les biosciences.

L’influence des lois

L’influence des lois en médecine est de plus en plus manifeste, parfois déroutante et toujours questionnante. De l’obligation d’information au renversement de charge de la preuve, de l’arrêt Perruche aux jugements renforçant l’idée d’enfant préjudice ou d’enfant fardeau, de la question du clonage thérapeutique et de son évidente répercussion sur la banalisation de l’avortement, nous baignons dans une suffusion juridico-judiciaire. Les lois représentent-elles des tentatives de réponses à un flottement de repères éthiques  ? Que reste-t-il du monde mythique et des enseignements fondamentaux sur lesquels les hommes ont étayé leur structuration ? Dans son livre : L’univers, les dieux , les Hommes, Jean Pierre Vernant souhaite réactiver en chacun de nous la survivance des mythes. Peut-on déraciner les millénaires de liens que l’homme a tissé entre les Dieux et son univers ? Faut-il produire des lois papiers ou faire respecter les lois bons sens ? Du serment d’Hippocrate, aux principes socratiques, en passant par primun non nocere, la pratique médicale au quotidien nécessite-t-elle l’adjonction d’autres lois ? Le bon sens peut-il être à géométrie techno-scientifique  ?

Des mentalités et des enjeux

Cette mutation engage des changements dans les mentalités et dans les enjeux. Le lien social se modifie et le médecin peut choisir de centraliser ces évolutions, tant dans son rapport à la recherche, qu’avec la société et auprès de ses patients. Le respect de sa place se définira sur cet échiquier. Le médecin ne peut se démettre. Il doit se préparer à une conversion et un élargissement de son action sous peine d’être sollicité en vain et d’être exclu. Cette poussée irréversible de la science et des biotechnologies interpelle chaque médecin sur au moins deux aspects : le sens et les effets. Le sens pour chacun : l’homme est autant producteur de science que de désirs et de fantasmes, les uns interagissant sur les autres. En n’evoquant que de notre culture occidentale, que reproduisons-nous d’Icare à Narcisse, de Chronos enfantant Athéna et Dyonisos à Apollon ? Quelle place est laissée au spirituel ou au religieux  ? Les effets d’une emprise sur l’humain, voire d’une colonisation scientifique de l’humanité, sont également au cœur du débat.

La médecine fait partie de cet écosystème dans son ensemble. Même si l’intimité de nos cabinets feutre et semble tenir à distance les vagues biotechnologiques, il est certain que se constitue une nouvelle clinique, celle de la bioéthique.

Dr Isabelle Gautier  courrier

04/01

Bioéthique : sites francophones [CISMeF]

GB-La recherche sur le clonage thérapeutique humain recommandée [OpiMed]



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